Grégoire Guichet

À 72 heures du grand jour !… un texte de Grégoire Guichet

J’ai longtemps croisé les aventures théâtrales et humaines de Jean-Marie Sillard sans jamais pouvoir les rejoindre.

Les occasions existaient, mais les planètes refusaient obstinément de s’aligner.

Aujourd’hui enfin, je peux entrer dans cette danse, celle d’un parquet de bal qui fait briller les yeux de Jean-Marie. Cette joie est décuplée par le fait de la vivre avec ma fille.

Dans cette pièce, nous sommes engagés dans un théâtre total, où la musique, le chant, la danse et le jeu d’acteur s’entrelacent dans une présence continue et exigeante.

Le corps est toujours en jeu, l’écoute permanente. Peu à peu, interpréter mon personnage convoque et dialogue avec ma propre histoire, cette histoire à la fois si personnelle et si commune de la période de l’après-guerre.

Revenir à cette époque n’est pas, pour moi, un simple regard nostalgique.

C’est une manière de comprendre comment s’est construit notre présent, de revisiter les relations hommes-femmes, ou plutôt devrais-je dire les relations femmes-hommes, ou plus largement les relations entre chaque être, et de mesurer combien les notions de consentement, d’amour éternel, de vie de couple étaient alors régies par des règles et des codes désormais déplacés.

Vivre ce projet avec ma fille lui donne une résonance toute particulière. Ce temps partagé, ce chemin artistique et humain commun, construit notre propre réalité, notre vie.

Le théâtre devient ici un lieu de transmission, de dialogue et de mise en relation, nécessaire et incontournable pour vivre notre contemporanéité.

Si le théâtre a un sens pour moi, il est là, dans cet espace-temps, ce temps suspendu qui, une fois retombé, nous interroge sur nos liens aux autres, sur cette question centrale de l’altérité, et sur la manière de vivre ensemble dans un commun profondément vivant.

Grégoire Guichet

Que reste-il ?

Babe, Hélène et Guy m’avaient prévenue : la palissade avait été démontée…il ne restait rien, ou à peine, comme des ruines d’un théâtre antique, avec des traces de gradins…

Ce matin, j’ai trouvé de petites plumes d’oiseau accrochées à mes bottines, alors ce soir, au coucher du soleil, inspirée par le messager Mercure, aux sandales ailées, je me suis arrêtée à Queaux. Effectivement, plus d’enceinte fortifiée, restent les trous d’implantation, et les risques de torsion de chevilles…Disparue la création artistique, traînent quelques morceaux d’affiches, fragments discrets, rien n’est identifiable…

Pourtant dans l’herbe, je trouve un petit papier, qui a été plié en deux verticalement et sur lequel semble collé un autre et en voici le texte, délavé et tronqué, d’où les points de suspension pour les mots invisibles, je joins la photo :

…c’est mon tour

ET LA UNE FLECHE mentionnant  » Joaquim fossoyeur et notaire »

…ma vie que j’aspirais

…ons qu’un

…on s’aime pour en arriver là ?

…c’était nous dans ce miroir ?

…ble de savoir, difficile à dire

ET EN DESSOUS Mia (?) pianiste à toute épreuve

Enigme ! Est-ce l’extrait d’une pièce de théâtre ? D’une lettre ? Quelqu’un a t-il une idée ? Une piste ?

Entre les bouleaux et l’acacia, le site semble très modeste, impossible d’imaginer d’emblée qu’il a hébergé une troupe, des saltimbanques, une scène, des coulisses, 300 spectateurs etc …Pourtant encore des confettis sur le sable… les « qu’on fait tout » n’ont pas tout ramassé ! Curieux cette modification de la perception de l’espace… Mais le temps n’y fait rien, les souvenirs sont précis, forts, inscrits et vivants !

Et sur l’autre rive, en pleine lumière, le radeau bleu de la carriole, qui a traversé le gué et trouvé un abri …

Je me promène et ramasse, sans effort de recherche, deux trèfles à quatre feuilles, numéros 23 et 24 depuis le 11juin … autre mystère…Aventure à suivre en tout cas !

Mary Kang